À la recherche des racines antiques du thermalisme, il faut d’abord se confronter à la rareté des textes spécifiques. Le territoire de l'actuel département des Hautes-Pyrénées appartenait alors à l’Aquitaine romaine, dont la montagne ne constituait qu’une frange lointaine et réputée peu exploitée. Aucune grande ville romaine ne se dresse dans le 65 ; la documentation écrite est lacunaire. La plupart des certitudes proviennent de l’archéologie ou des mentions indirectes d’auteurs comme Pline l’Ancien (“Naturalis Historia”), qui ne cite cependant aucun site pyrénéen de façon explicite.
L’absence de certitude ne doit pas faire oublier la force des indices – une constante dans ces questions de patrimoine haut-pyrénéen.
Bagnères-de-Bigorre est le seul site du département dont la filiation antique soit incontestable. Le nom même, Bagnères, vient du latin “balnearia” (lieu de bains) – un terme largement repris dans le sud de la France pour désigner des sites thermaux dès l’époque gallo-romaine.
Bien que nombre de vestiges aient disparu sous l’urbanisation postérieure, et que les fouilles n’aient pas exposé de bâtiment thermal complet, la tradition archéologique et toponymique fait consensus : Bagnères est une station thermale d’origine romaine.
D’autres stations affichent des indices sérieux d’ancienneté, sans qu’on puisse affirmer aussi net que pour Bagnères une présence romaine organisée autour des eaux thermales.
On suppose, sans certitude définitive (faute de fouilles extensives), que Capvern a pu fonctionner comme site thermal secondaire à l’époque gallo-romaine.
| Station | Indices de thermalisme antique | Limites et précautions |
|---|---|---|
| Barèges | Découverte (XIXe s.) de monnaies romaines autour de la source, fragments de maçonnerie antique, réputation ancienne de la “Fontaine de César”. | Pas d’édifice thermal entier mis au jour ; tradition orale très forte mais source écrite absente avant le XVIIe s. |
| Cauterets | Découvertes ponctuelles lors de travaux : tegulae (tuiles romaines), basse structures, objets gallo-romains divers. Légendes sur une “source des Romains”. | La topographie difficile du site a limité les fouilles. Doute sur la fonction : lieu de passage ou vrai lieu thermal ? |
Dans ces deux cas, la tentation est grande de raccrocher le passé romain à l’existence de la source thermale. Reste la prudence requise : la montagne conserve mal les témoins bâtis, et le prestige du thermalisme incite parfois à “voir romain” là où n’existe qu’une légende.
Saint-Lary-Soulan, Luz-Saint-Sauveur, Pierrefitte (aujourd’hui éteinte), ou même Argelès-Gazost sont recensées dans les grands guides thermaux du XIXe, mais leur inscription dans l’Antiquité ne repose sur aucun vestige direct.
Derrière la recherche d’une “antiquité” du thermalisme local, il y a souvent la volonté de relier la qualité de l’eau à une longue histoire, rassurante et valorisatrice. Mais la réalité archéologique en montagne demeure complexe : beaucoup de vestiges n’ont sans doute jamais été mis au jour.
Rien n’obligeait les Romains à ignorer les Pyrénées, mais l’implantation des véritables bains romains suivait en général :
Cela explique pourquoi, dans le piémont (voire les marges de plaine comme à Dax ou Bagnères-de-Luchon – hors 65), les grands complexes thermaux sont mieux attestés et conservés. Dans le cœur haut-pyrénéen, les conditions de conservation (instabilité géologique, inondations, reconstructions sur place) brouillent la trace du bâti antique.
Pourtant, l’eau thermale coule toujours au même endroit ; et l’expérience du terrain montre que le lien avec l’Antiquité s’est parfois maintenu à travers
Un point mérite une attention particulière : les eaux thermales étaient, chez les Romains comme chez les populations précédentes, investies d’une force sacrée. Les sanctuaires de source se reconnaissent parfois, sous la forme d’un bassin circulaire en pierre, d’un amoncellement votif, ou de la découverte d’objets précieux jetés à l’eau (monnaies pour attirer les faveurs de la divinité protectrice).
À Bagnères, comme à Capvern ou Cauterets, ces pratiques s’inscrivent dans une longue continuité. Certains rites persistaient dans la population rurale jusqu’à la christianisation tardive : processions aux sources, guérisons de “fièvres” attribuées à l’esprit de la nappe phréatique, cérémonies ou sacrifices au fil de l’eau (voir les travaux de J.-L. Fulcrand sur l’hydronymie pyrénéenne).
De ce passé romain, il nous reste le nom des lieux, un usage thermal souvent ininterrompu ou rapidement repris après chaque crise, et des traces plus diffuses dans la mémoire locale. Très peu de visiteurs savent que, par exemple, la source du Salut à Bagnères était déjà exploitée en des temps très anciens. Les guides touristiques valorisent l'histoire antique quand les fouilles permettent d’en dire quelque chose — mais restent discrets ou s’appuient sur le légendaire ailleurs.
Pour ceux qui souhaitent approcher le thermalisme sous son angle patrimonial et antique, il est conseillé :
Pour aller plus loin : Ouvrages et articles : “Les bains et le thermalisme dans le monde romain” (J.-M. Pailler), “Les Pyrénées antiques” (J.-L. Fulcrand), publications du Conservatoire du Patrimoine Bagnérais. Sources locales : Archives départementales des Hautes-Pyrénées, Office de tourisme de Bagnères-de-Bigorre, Observatoire du Thermalisme (Capvern, Cauterets).