Dolmens et menhirs des Hautes-Pyrénées : 10 repères pour lire le paysage préhistorique

18 février 2026

Voici une synthèse pour poser les repères essentiels avant d’explorer les mégalithes des Hautes-Pyrénées, cette terre de vallées où les traces de la Préhistoire sont souvent modestes mais profondément inscrites dans le territoire :
  • Le département compte une trentaine de sites mégalithiques répertoriés, allant de dolmens à tumulus et menhirs, généralement discrets et rarement spectaculaires par leur taille.
  • La plupart datent du Néolithique final et de l’âge du Bronze (environ 4000 à 1500 av. J.-C.), périodes de sédentarisation et de premiers grands aménagements paysagers.
  • Les formes les plus courantes sont le dolmen (table de pierre entourée d’orthostates) et le tumulus (amas de pierres ou de terre recouvrant une sépulture collective).
  • Si les menhirs sont rares dans le 65, seuls quelques exemplaires subsistent, souvent déplacés.
  • Beaucoup de ces monuments sont situés sur des crêtes, replats à la sortie des vallées ou passages naturels, témoignant d’un lien avec les routes anciennes et le contrôle du paysage.
  • L’accès exige généralement une petite marche, voire une randonnée plus longue, et toujours le respect des propriétés et de la discrétion des lieux.

1. Dolmen de Pouey Mayou (Arras-en-Lavedan)

Situé sur les hauteurs au-dessus d’Arras-en-Lavedan, le dolmen de Pouey Mayou (“la colline du milieu”, en occitan) illustre bien ce qu’est un monument mégalithique pyrénéen. Structure modeste : une dalle de couverture (2,40 m × 2,10 m) posée sur trois orthostates, orientation est-ouest. Découvert au XIXe siècle et fouillé dès 1882 (par F. Borderes), il a livré des fragments de poterie, silex, et restes humains attestant d’une sépulture collective néolithique.

Accès : Petite randonnée de 2,5 km (sentier balisé à travers estives et bosquets, balisage parfois incertain). Latitude 42.986409, Longitude -0.038843.

Ce qu’il dit du paysage : Encore visible sur une colline offrant un large panorama sur la vallée d’Argelès ; la position met en avant le rôle “signal” de ces dolmens, points de repère entre plaine et montagne.

Sources : Inventaire P. Duclos, Inventaire général du patrimoine culturel, DRAC Occitanie.

2. Tumulus de Tumulus (Saint-Pé-de-Bigorre, plateau d’Aoube)

Le nom “Tumulus de Tumulus” en dit long sur l’ancienneté de l’identification du lieu. Ce tumulus, fouillé à plusieurs reprises (XIXe siècle, puis par R. Bastard et l’abbé Laffont au XXe), présente un plan circulaire (diamètre 12 m) entouré d’un muret de pierres sèches, partiellement ruiné.

On sait : Sépulture collective, ossuaire, fragments de parures, poteries décorées. Plusieurs chambres internes sembleraient indiquer des réutilisations successives entre le Néolithique final et l’âge du Bronze.

Une observation : Encore lisible dans le paysage ouvert du plateau, sur un passage d’anciens chemins muletiers reliant Pays Toy, vallées d’Arrens et plaine de Pau.

Accès : 3 km à pied à partir du village, sur le GR101. Itinéraire facile mais non balisé spécifiquement pour le site (attention au pâturage, respect des clôtures).

Sources : Archives du Service régional de l’archéologie Occitanie, CAUE 65.

3. Menhir de Peyre-Dusets (Campan)

Le menhir de Peyre-Dusets (“pierre des jumeaux” en occitan), unique menhir dressé in situ dans le département. Son gabarit n’a rien de “pharaonique” (1,80 m de haut), mais il émerge, solitaire, d’un petit col entre Campan et Sainte-Marie-de-Campan.

On suppose : Pierre “signal”, peut-être associée à un tumulus disparu. Alignement visuel avec le Pic du Midi, suggéré dans des travaux locaux (non prouvé scientifiquement).

Accès : 1 km à pied environ depuis le hameau de la Séoube (piste agricole, accès libre hors saison d’estive).

Observation : Le menhir est souvent confondu avec une borne, mais le sous-bassement anthropique (creusement, calage pierreux) le distingue nettement.

Sources : Base Mérimée – site mégalithique de Peyre Dusets, topo-guide “Campan, Sentiers de découverte”.

4. Dolmen de l’Ougue-Boué (Montoussé, Plateau de Lannemezan)

Au cœur du plateau, dans une lande rase proche du hameau de Montoussé, ce dolmen (appelé aussi “Pouy Bitou” dans certains inventaires) conserve un tumulus partiellement conservé.

Ce que l’on sait : Dalle de couverture déplacée, chambres internes perturbées par des fouilles anciennes. Découvertures d’ossements, haches polies et tessons de céramique fine.

Description : Forme trapézoïdale. Son orientation sud-sud-ouest marque l’entrée du dolmen vers la plaine, à l’opposé des montagnes.

Accès : Facile, 400 m à l’est du village par chemin empierré (à proximité : panneaux explicatifs du CAUE 65).

Sources : “Les dolmens du Lannemezan”, Bulletin de la Société Ramond, 1978-1985.

5. Dolmen de la Serre (Bartrès, crête d’Ouest)

Sur la crête ouest de Bartrès, non loin de Lourdes, le dolmen de la Serre est l’un des plus accessibles. Table en granite local, chambre simple, tumulus à demi écroulé.

Contexte particulier : Prospecté dès le XIXe siècle, intégré à un réseau de chemins anciens (“chemin de la Serre”, possible voie protohistorique vers Lourdes). Les vestiges découverts (lames de silex, fragments de crâne) ont livré une datation précise, fin Néolithique.

Accès : Moins d’1 km depuis la route de Bartrès (piste agricole, balisage sommaire, attention aux propriétés privées voisines).

On relève : Le site, parfois envahi de fougères, n’offre qu’un relief à peine marqué : la sobriété est ici le “message” propre à ces formes mégalithiques locales.

Sources : Base Quid Megalithes Pyreneennes, Comité d’étude du patrimoine Bartrès-Lourdes (bulletin 2005).

6. Tumulus de la Peyrade (Bize, vallée de Lesponne)

Niché sur une moraine dominant la vallée de Lesponne, le tumulus de la Peyrade (du gascon “peirada”, amas de pierres) n’a gardé qu’un cercle de pierres basal, mais l’emplacement reste lisible : surplombant le vieux chemin de la vallée, à la sortie d’un verrou glaciaire.

Rôle probable : Sépulture collective, position stratégique à la charnière entre estives et zones cultivées, possible balise pour le passage entre vallées.

Accès : 30 minutes à pied depuis Bize, sentier étroit mais évident.

Sources : CAUE 65, témoignages locaux recoupés par travaux du laboratoire TRACES (Université Toulouse-Jean Jaurès).

7. Dolmen de Peyre Hicade (Calavanté)

Moins connu, ce monument isolé au milieu d’un replat, surnommé localement “la maison des fées”, conserve une dalle de couverture impressionnante : 3,70 m de long pour 2 m de large, encore calée sur ses orthostates.

Contexte mythique : Nombreuses légendes locales, mais on retrouve là aussi les indices classiques des sépultures collectives néolithiques (ossements, silex). Fouilles anciennes, site protégé (inscrit MH depuis 1928).

Accès : 700 m à pied depuis Calavanté, balisage local “Rando Patrimoine”.

Prudence : Respecter les clôtures (propriété privée à proximité immédiate).

Sources : Monumentum.fr, enquête de terrain, recensement mégalithique DRAC.

8. Statue-menhir de Lortet

La statue-menhir de Lortet (“Pierre gravée de la plaine”) est une pièce exceptionnelle : retrouvée en 1881, redressée près du village, aujourd’hui protégée au Musée Massey (Tarbes). On peut visiter une copie sur le site originel.

Elle se distingue : Par ses gravures en faible relief (dague, ceinture, bras stylisés). Elle témoigne d’une tradition du sud-ouest du Massif Central, peu répandue ici.

Contexte : Découverte près du gave, à un carrefour de voies anciennes venant du Comminges.

Accès : La copie se trouve à 5 minutes du centre de Lortet, panneau d’interprétation sur place. L’original (visite Musée Massey, à Tarbes).

Sources : Musée Massey, Base Palissy.

9. Tumulus de Banios (Vallée de l’Adour, entre Campan et Bagnères)

Ce tumulus mal connu, aujourd’hui intégré dans une prairie, reste visible au ras du sol (cercle de pierres, vestiges d’un muret). Son inventaire remonte au XIXe ; les fouilles ponctuelles n’y ont livré que quelques fragments céramiques.

Intérêt : L’emplacement, sur une bosse au centre du vallon, confirme la lecture du paysage préhistorique : contrôle des passages, signal pour les itinéraires muletiers vers le plateau de Payolle.

Accès : 1,2 km à pied depuis Banios, sentier tracé en bordure de pâture. Regard discret apprécié !

Sources : Base Mérimée, notes des archives départementales (fonds A. Palanque).

10. Dolmen d’Esplasiou (Sarp, vallon de la Barousse)

Le dernier de cette sélection, sur les hauteurs de Sarp (vallon de la Barousse), est aussi l’un des plus significatifs par la qualité de sa conservation. Grande dalle de couverture (3 m), chambre intacte, entrée orientée sud-est, vestiges d’un tumulus circulaire attenuant partiellement les structures.

Découvertures : Ossements, pointes de silex, traces de foyers associées dans le secteur. Contexte de piémont, non loin de la confluence de deux ruisseaux, ce qui suggère un emplacement pensé comme repère de passage et non comme simple tombe.

Accès : 2,5 km de montée depuis Sarp (sentier balisé, balisage communal), accessible en toute saison.

Sources : “Pierres de vie : les mégalithes du Piémont pyrénéen”, Ed. Musée de Saurat, 2002.

Quelques repères pour l’exploration sur le terrain

  • Respect des lieux : Tant de sites (hors musées ou balisages officiels) sont sur terrains privés ou en estive : discrétion, fermeture des clôtures, pas de prélèvement de pierres ni d’inscriptions.
  • Itinéraires et accès : Les dolmens sont rarement signalés. Renseignez-vous auprès des offices de tourisme, du CAUE 65 (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement), ou recoupez avec les topos locaux.
  • Lecture du paysage : Beaucoup de “pierres curieuses” ou monticules évoqués par la tradition orale sont en réalité d’origine naturelle. Prudence dans l’identification : seuls les sites reconnus par les archéologues sont réellement attestés.
  • Contexte élargi : Ces monuments sont à replacer dans une histoire longue, du Néolithique à l’âge du Bronze, souvent réutilisés (sépultures, repères, lieux mythiques) durant l’Antiquité puis le Moyen Âge.

Pour aller plus loin : conseils et lectures

  • Ouvrages conseillés : “Les Mégalithes de Midi-Pyrénées” par C. Ferrer et P. Duclos ; dossiers du CAUE 65, Musée Massy (Tarbes) pour la statue-menhir de Lortet.
  • Sites web : Base Mérimée (Ministère de la Culture), Monumentum.fr, pages “archéologie” du Conseil départemental 65.
  • Cartographie : IGN Top 25, carte archéologique du CAUE.
  • Associations locales : Les amis du Vieux Lavedan, Société Ramond, Patrimoine-en-Barousse.

Ce parcours parmi les mégalithes du 65 n’est pas un inventaire exhaustif, mais une invitation à déplacer le regard, à sortir de la seule image spectaculaire pour entrer dans la compréhension des paysages façonnés il y a plus de quatre mille ans. Chacun de ces sites, parfois peu spectaculaire au premier abord, révèle un trait fondamental du rapport ancien entre les communautés humaines et les lieux : souci de signal, mémoire collective, proximité des passages naturels. Ce sont les premiers repères pour apprendre à lire la profondeur du territoire haut-pyrénéen.

Pour aller plus loin